Lancer un side project : la philosophie des miettes

Pour lancer un side project, faut-il valider son marché, choisir un modèle digital, déléguer l'exécution ? Angers Digital Club a réuni Vincent Jus-Godart et Kévin Cartelier autour de la question lors de son Afterwork #20.

Lancer un side project : la philosophie des miettes

Pourquoi lancer un side project intéresse 80 % de la salle ADC

Le 7 mai 2026, Angers Digital Club consacrait son Afterwork #20 à un sujet qui parle à beaucoup de monde : lancer un side project. Sondage à main levée en ouverture, environ 80 % des participants en ont déjà un, ou la volonté d'en lancer un. Salariés, freelances, étudiants, retraités, le profil n'a aucune importance.

Le terme « side project » désigne ces activités qu'on développe à côté de son emploi principal. Pour un revenu complémentaire, pour stimuler une envie d'entreprendre, ou simplement par curiosité technique. Le format de la soirée se voulait concret : deux praticiens, leurs ratés, leurs chiffres réels.

Vincent Jus-Godart, valider un side project sans capital

Vincent Jus-Godart (ancien cabinet de conseil, marketing digital, aujourd'hui freelance et entrepreneur)

Vincent ouvre par une métaphore tirée du film War Dogs. Sur un marché tenu par les majors, « ils ne s'occupent pas des miettes ». Tout son modèle tient là-dedans. Pas chercher à créer un marché comme une startup, mais aller s'installer sur un marché existant et y prendre une part minuscule. Sans risque, sans capital.

CV Market : 150 000 € net depuis une vente à 5 €

Première application, CV Market. Une bibliothèque de templates de CV en PowerPoint, vendus 5 à 20 € pièce. L'idée vient d'un constat fait en cabinet de conseil : les CV qui passaient sur son bureau étaient mauvais, et les gens en avaient besoin, pas d'une formation. Premier essai sous forme d'un blog gratuit. Zéro vente. Pivot vers les templates payants. « J'en ai mis 10 en ligne, j'en ai vendu 1, je me suis fait 5 balles, et je me vantais auprès de tous mes potes. » Cette première vente à 5 € déclenche tout. Si quelqu'un achète, un autre achètera.

Sa stratégie tient en un mot : SEO. « La seule discipline où tu peux atteindre 80 % de l'expertise sans être ingénieur. » Accumulation de templates en déléguant à un freelance dès les premiers revenus, contenu posté sur Pinterest, indexation Google Images. Cumul depuis 2018 : 150 000 € net. Le site a même reçu une offre de rachat à 100 000 € via Flippa, refusée à l'époque.

E-commerce : valider un marché par les chiffres des concurrents

Deuxième aventure, à l'opposé, e-commerce de produits anti-punaises de lit. L'idée naît d'une mésaventure personnelle partagée avec un ami autour d'un verre. Pour valider le marché, Vincent ne fait pas de sondage. Il va sur SEMrush et sur Pappers regarder les chiffres du concurrent direct. Verdict : le concurrent tape le million d'euros sur un site, selon Vincent, « pourri ».

Le projet pivote rapidement de la mise en relation vers la vente directe, d'abord par affiliation Amazon, puis stockage en propre. Premier mois : 8 000 € de chiffre d'affaires. Le business a fini par dépasser le million d'euros, et a justifié le passage en SAS dès qu'il y a eu un associé, un salarié et que les seuils étaient dépassés.

Des échecs aussi, assumés. Un blog immobilier jesseraiventier.com, 20 à 30 000 visites mensuelles, à deux doigts de publier sa formation, piraté via WordPress quelques jours avant le lancement. « Depuis ce jour, WordPress, c'est terminé. »

Kévin Cartelier, du laboratoire au code, et au side project

Kévin Cartelier (doctorat en génétique végétale, biologiste reconverti développeur logiciel, freelance)

Kévin arrive d'un tout autre univers. Agronomie, génétique végétale, missions terrain au Sénégal, au Cameroun, au Burkina. Il s'est mis à son compte il y a un peu plus d'un an pour développer des logiciels d'expérimentation agronomique : analyse statistique, traitement d'images, aide à l'interprétation des résultats. Il s'est formé au code en autodidacte, et l'IA a multiplié son rendement « par vingt » sur le développement comme sur la communication.


Resoloco : un side project né d'une frustration personnelle

Son side project principal s'appelle Resoloco. Une plateforme nationale qui référence en un seul endroit tous les événements et formations de réseautage pour entrepreneurs : BNI, CCI, BGE, Maison des Professions Libérales, et beaucoup d'autres. Le besoin est venu de sa propre frustration. « Quand on se lance, ce n'est pas facile de s'y retrouver, c'est tout un écosystème à découvrir. »

Sept mois d'existence, plus de 600 abonnés sur la page LinkedIn, une refonte graphique en cours. Le modèle économique a été pensé après coup, mais avec rigueur : gratuit pour les organisateurs, payant pour les annonceurs qui veulent toucher la cible entrepreneurs. Tarification dynamique inspirée de Disneyland : plus la période est demandée, plus le prix monte ; plus on engage longtemps, plus on baisse le tarif jour. Premiers euros encaissés en trois mois.

Effet satellite : Réseau Vège et le rendu 3D


Resoloco a engendré Resoveg, déclinaison pour le secteur du végétal, justement le secteur où Kévin trouve les clients de son activité principale. Une complémentarité commerciale immédiate. Un troisième projet émerge avec son frère : du rendu 3D photoréaliste depuis un casque de réalité virtuelle, de l'ordre de 300 € le matériel, contre 8 000 à 10 000 € pour les solutions historiques. Avec des applications terrain en agronomie, par exemple mesurer la taille des plantes après une mission de quelques jours.

À retenir avant de lancer son side project


- Démarrer micro pour valider gros. Une vente à 5 € prouve qu'il y en aura une deuxième. Quitte à attaquer un marché qu'on déteste.
- Valider par la donnée, pas par l'intuition.Pappers pour le chiffre d'affaires des concurrents, SEMrush pour les volumes, Flippa pour les valorisations de sites en vente. Tout est gratuit ou en essai.
- Préférer les produits digitaux. Pas de stock, pas de logistique, pas de SAV opérationnel. L'IA a démoli la barrière technique : un MVP se lance en 20 minutes.
- Interroger ses clients. La seule donnée que l'IA ne pourra pas générer à votre place. La valeur ajoutée d'un side project tient dans cette boucle.
- Penser valorisation. Un side project ne crée pas qu'un revenu d'appoint, il crée un actif vendable. Flippa, Microns, Acquire valorisent ces actifs au quotidien.
- L'IA en méta-prompting. Vincent travaille avec Claude en projets dédiés, un par discipline, et lui demande d'écrire les prompts à sa place. « Ce n'est plus moi qui parle, c'est moi plus Claude qui demande à Claude. »


Pour aller plus loin


- Page de l'événement : Afterwork #20, Les Side Projects
- https://angersdigital.fr/afterworks/)
- Resoloco, la plateforme de Kévin Cartelier
- CV Market, projet historique de Vincent Jusgodart
- Profils LinkedIn : Kévin Cartelier, Vincent Jus-Godart
- Lecture citée par Vincent : La semaine de 4 heures, Tim Ferriss
- Série citée par Vincent : Undercover, télé-réalité américaine où un millionnaire repart de zéro dans une ville inconnue

Prochain afterwork à suivre sur https://angersdigital.fr/afterworks/).